Donc, tu passes devant des gens assis derrière des tables, et qui semblent se faire chier sérieusement. Il faut que tu sortes des papiers, t'as jamais le bon, t'en fait tomber la moitié par terre. La carte de réduction Carrefour, ça marche? Enfin, tu passes, avant de faire ce que tu as à faire, tu regarde autour, le plafond menace toujours de t'assomer, et tu vois toute ta vie qui défile devant toi. Quand tu courrais hors de la salle de classe en criant "mamaaaaaaaahaahaahaann", quand tu te moquais du petit avec les oreilles décollées, quand les grands aux dents enferraillées te rackettaient. Enfin, tu va t'enfermer dans une cabine d'essayage, après avoir pris une enveloppe et des tas de papiers avec des noms de gens à cravate. En fait, c'est soit une cabine d'essayage, soit une pissotière. Tu fais ton petit trafic, et quand tu sort, il y a la dame pipi qui t'arrête, il faut la payer avec un papier mis dans l'enveloppe. Enfin, tu peux rentrer chez toi, tu te sens libéré, plus léger d'avoir ainsi réussi à t'exprimer. Tu a dit tout ce que tu pensais en mettant UN nom dans une enveloppe! C'est quand même dingue d'arriver à une telle concision, les électeurs ont vraiment un esprit de synthèse très fort.
Le soir, tout le monde est devant la téloche pour le spectacle. Des tas d'hommes en cravate qui se chicanent verbalement. Enfin, l'heure fatidique arrive. Tu es très content de toi, car ton vote est le plus brillant de tous, tu as choisi le type le plus fort, qui va trop bien gouverner le pays, bref, le meilleur. Le suspens est à son paroxisme, quand tout à coup, c'est le bonhomme le plus con, celui dont tu étais le plus contre possible plus contre que ça tu devais le tuer, qui est élu. Et là, c'est la déprime, et c'est surtout la dure loi de l'injustice démocratique.
Ben oui, si on donne la parole tout le monde, on la donne à un sacré tas de connards, par conséquent, ils votent mal, pour de mauvaises raison. Généralement, ils choisissent le type qui gueule le plus fort. En démocratie, la règle est la suivante: si 30 millions de personnes ont tort, elle ne peuvent qu'avoir raison. La majorité impose son pouvoir à la minorité, la loi du plus fort est respectée. En fin de compte, c'est très tribal tout ça. Un an plus tard, le pays entier est dans la rue, à demander la démission de l'heureux élu, c'est pas un peu se foutre de la gueule du monde non? Réfléchissons: si on a choisi quelqu'n pour commander c'est que c'est la personne la plus digne de confiance, la meilleure. En effet, je vois mal quelqu'un voter pour la personne qui lui inspire le moins confiance. Donc cette personne est choisie pour son aptitude, et il n'y a aucune raison de défiler dans la rue pour dire qu'on est contre. Le peuple a choisi son homme et il n'a pas à revenir sur son choix. Donc le peuple n'a pas à descendre dans la rue, alors pourquoi il le fait?
En fait, une fois élu, le mec il peut faire ce qu'il veut, j'en déduis donc que le système démocratique est assez hypocrite: on choisit son dictateur pour 5 ans et après on n'a qu'à fermer sa gueule. Une fois que le citoyen a donné sa parole, il ne peut plus s'exprimer, normal puisqu'il l'a donné, il ne peut pas la reprendre. Bon, d'accord, j'exagère. Seulement, le plus méchant monsieur de l'histoire du dernier siècle, vous savez, le moustachu avec la mèche, hé ben il a été élu par le peuple. Le système démocratique est le pire système, a dit Churchill... Si on excepte tout les autres. J'insiste bien ici sur le mot "pire", Winston Churchill n'a jamais dit que c'était le meilleur.
Ce système est selon moi le plus hypocrite de tous, car on fait croire au peuple qu'il a le choix, alors qu'en fait non. Une dictature est bien plus égalitaire, on s'en fout que les sujets soient d'accord ou pas avec le gouvernement tyranique, ce qui compte c'est juste qu'ils obéissent, point. Alors qu'en démocratie, on papote, on tente de faire croire que la loi qui sera votée sera bien (c'est ce qui s'appelle démagogie, l'art de faire gober n'importe quoi au peuple); et enfin on la fait passer sans consulter plus que ça la populasse, mais d'un côté, ils ont rien à dire, ils ont déjà voté, non mais ho!

