Personnellement, je l'ai entendu parler pendant deux heures, il présentait un journal et un autre livres qui seraient en vente quelque jours plus tards. Je l'ai entendu parler, et je n'ai pas trouvé ses propos si mirobolants, bien au contraire, il s'agissait d'un de ces types pédants qui écrivent la même chose que leurs confrères, et en éprouvent une immense fierté. Le genre de bonhomme extrêmement fier de ce qu'il a pondu, et qui est le seul à ne pas se rendre compte qu'il a fait une vraie bouse. (je ne donnerais pas ici le nom de l'écrivain, pour ne pas lui paraître désobligeant, mais aussi parce que j'ai totalement oublié son nom, tellement le personnage était ordinaire et oubliable)
Auteur donc infiniment médiocre, commun, qui nous parlait de ses écrits, encore plus pauvres que son esprit. Je me suis alors demandé, lors de cette conférence, pourquoi j'avais l'impression que beaucoup d'écrivains, que je voyais à la télé, ou autre, me donnaient l'impression d'être aussi sûrs d'eux, et aussi piètres à la fois? Pourquoi tout ces écrivailleurs nombrilistes? Quel était l'utilité de cette littérature qui encombre les étagères des humbles librairies, alors qu'elle devrait plutôt servir de cale pour les bibliothèques parfois branlantes de la librairie citée plus haut.
J'ai par la suite pensé à d'autres écrivains, les vrais, ceux qui fleurissent dans notre histoire littéraire. J'ai évoqué mentalement la bataille d'Hernani entre les romantiques et les classiques parce que Victor Hugo avait créé une oeuvre révolutionnaire. J'ai songé au double procès de Flaubert et Baudelaire, puis aux luttes de Voltaire, aux boufonneries pleines de sens de Rabelais, à Camus, Céline, Ionesco...
Mais pourquoi ces grands hommes me semblaient-ils si différents de celui qui déblatérait ses propos affligeants devant moi? Ils faisaient tous le même métier, vendre leurs textes à une foule de lecteurs. Ils vivaient pour la même chose. Mais, tout ces scandales littéraires ne sont plus, peut-être étais-ce lié à un blasement de la population pour tout ce qui fait polémique? Mais dans ce cas là, pourquoi la moindre phrase de travers d'un politicien encravaté faisait bondir l'ensemble de la population?
Il n'y a pas de blasement, il existe toujours des oeuvres artistiques qui attirent les cris. Mais des livres, nous n'en parlons plus, comme si il était désormais impossible de provoquer quelque chose avec un écrit. Je me disais que la vraie crise du livre résidait peut-être là, il n'y a plus de livre qui déchaine les passions, remplacés par d'autres médias. Situation dramatique pour un littéraire comme moi. J'ai parfois l'impression qu'il est à l'heure actuelle d'écrire un livre phénoménal comme il y en eu par le passé.
Mais, mon espoir et ma foi dans les livres et la littérature me fait penser qu'il y a autre chose que la concurrence des autres médias. Le problème réside dans les écrivains actuels, aucun n'a la carrure d'un grand écrivain du passé. En réalité, il faut faire la différence entre bon écrivain et grand écrivain. Un bon écrivain est un auteur qui présente des qualités autant narratives que textuelles ou je ne sais quoi, à opposer à un mauvais écrivaint qui fait des livres mauvais à mon goût. Cela reste une question de goût personnel, par exemple, l'abhorre Marc Lévy, mais j'en connais une (honte à elle) qui l'aime bien.
Un grand écrivain n'est pas à rattacher à cette notion de jugement personnel, ce doit être quelqu'un qui n'écrit pas simlement pour écrire, mais pour faire un acte majeur, important. C'est quelqu'un qui ne s'arrête pas après avoir écrit le mot fin, il écrit dans l'attente de la réception. Pour cela, la pièce de Victor Hugo, Hernani est un parfait exemple de grande littérature. Cette oeuvre est le manifeste de ce que les romantiques veulent représenter au théâtre, et les propos, tout comme la forme du texte sont prévus our choquer les vieux académiciens classiques toujours attachés aux poussiéreux Racine et Corneille. C'est pour cette raison qu'on parle de bataille d'Hernani, la pièce de théâtre bouleverse tout les codes érigés en dogme, et fit du théâtre un véritable no-man's-land. Et Hugo avait tout à fait prévu de foutre une merde telle, il accompagnait son oeuvre au delà de la rédaction pour en faire un chef-d'oeuvre.
Les grands écrivains, donc, sont ceux qui attendent l'accueil de leur livre, le prévoient même, ceux qui voient à la publication de leur texte la foule qui se divise en deux clans qui se tapent dessus. Une grande oeuvre littéraire doit changer les choses, et c'est pour cette raison que la réception est si importante, et c'est encore pour ça qu'il n'y a plus de grands livres à l'heure actuelle. Les écrivains bâclent leurs ouvrages car ils s'arrêtent trop tôt, avant que le livre soit publié.
Je pense que pour connaître la valeur d'un écrivain, il suffit de lui poser la question suivante: qu'attendez-vous de la réception de votre livre? Trop d'auteurs n'attendent plus rien du tout, et considèrent le travail fini quand leur livre est posé sur les rayons. Or, c'est là que commence la véritable vie d'un ouvrage, c'est là qu'on verra si il est bon pour le pilon, ou alors pour être conservé. M'est d'avis que si un livre est un grand livre, les ventes s'en ressentent, car le fait que tout le monde en parle avec véhémence, pour ou contre est la meilleure façon d'en faire de la pub, les gens voulant savoir pourquoi tant d'excitation, et de quel côté ils se rangeront lors du prochain repas de famille.
Je déplore cet état de fait, qui nous enferme dans un désert littéraire ou la plupart des écrivains n'écrivent que pour montrer qu'ils ont un beau nombril, et les autres ne sont là que pour distraire le public, avec parfois la volonté, légère, d'apprendre deux trois trucs aux lecteurs. Je réclame une littérature coup de poing, je veux voir des gens se battre à coup de romans dans la gueule, je veux des actes littéraires, que les écrivains sortent de leur désenchantement, et croient, enfin vraiment que ce qu'ils font peut faire bouger le monde! J'xige des livres qui fassent plus de dégats qu'une guerre atomique entre l'Indes et le Pakistan!


